À celles qui font la différence


Il y a des moments, dans la vie d’une maman, où plus rien ne semble aller. 

Il y a des moments où  les épreuves que traversent nos enfants nous laissent démunies. 

Il y a parfois cependant, un instant où, quelqu’un d’extérieur à notre noyau familial, vient faire la différence.  NOTRE différence. 


Sainte-Justine. Montréal.

Février 2009.

Mon fils de quelques mois est hospitalisé depuis plusieurs jours.

Il a des électrodes tout autour de la tête.

Un tube lui passe par le nez jusqu’à l’estomac.

Il a les deux bras coincés dans des cônes bien rigides pour ne pas qu’il arrache tous ces tubes.

Comme si tout ne suffisait pas, il vient de choper un virus qui gravitait autour de nous dans notre chambre d’hôpital commune surpeuplée.

Il fait de la fièvre.

Sa toute première fièvre à vie.

Je n’arrive pas à l’allaiter avec ces cônes qui lui laissent les deux bras dans les airs.

Il refuse tout à l’exception du sein de sa mère, celui que je ne peux même pas lui donner.

Je pleure.

Et je pleure encore.

Je pleure par dessus les pleurs de mon fils.

J’ai envie de lui enlever ses cônes moi-même.

Je ressens sa détresse.

Sa fatigue extrême.

Ma fatigue extrême.

Son mal-être ne fait aucun sens pour lui.

Pas plus que tout le brouhaha perpétuel tout autour.

Je me sens impuissante et désemparée.

 

Puis, quelque chose s’est produit.

Quelqu’un est venu faire LA différence.

 

L’infirmière de nuit est venue s’asseoir à côté de moi, sur mon petit lit de fortune.

Elle m’a dit «Tu sais, il va en faire des fois de la fièvre…»

Et je ne me souviens plus très bien du reste. Et d’ailleurs, ce qui a été dit n’a pas tant d’importance.  Ce qui importe réside dans le fait que tout à coup, nous avons existé pour quelqu’un qui a fait un peu plus que son travail.

 

On a parlé de la fièvre, de mes inquiétudes, des mollets encore froids de mon fils malgré la fièvre qui grimpe encore.

 

Je me souviens l’avoir suppliée d’enlever les cônes autour des bras de mon fils pour que je puisse l’allaiter et le réconforter.  Elle a accepté d’en enlever un seul.  Pour que je puisse l’avoir collé tout contre moi.  Pour que je puisse le faire boire.  Pour éviter qu’avec ses deux petites mains, il arrache lui-même ses tubes.  Pour ne pas avoir à  recommencer cette pénible intubation.  Je me souviens qu’elle m’ait écoutée avec empathie.  Elle a pris le temps de me comprendre, de me rassurer, de négocier et de me faire entendre raison, avec simplicité et compassion.

 

Elle avait ce que j’appelle de «l’HUMANITUDE».

Cette chose qui manque trop souvent, faute de temps

 

Il faut dire qu’elle n’était pas sur son temps supplémentaire obligatoire, comme plusieurs de ses collègues…

 

Toujours est-il que 9 ans plus tard, je me souviens de cet instant en dehors de l’ordinaire, avec émotion.  Je n’ai jamais oublié ce moment d’humanité partagé.  J’y pense même souvent.

 

Je me souviens avoir rencontré un humain dans cet univers décharné par la surcharge de travail.

 

Rester branché à son  «HUMANITUDE» dans un tel contexte, ça relève du défi.  À toutes celles et ceux qui y arrivent parfois, souvent, presque toujours, je dis:  Merci ! Gratitude !

 

C’est vous qui faites la différence dans nos épreuves de mamans et celles de nos enfants.  

 

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison homeschooleuse, elle adore réfléchir sur l’enfance et l’éducation.