Merci Soeur Louise!

Semaine des enseignantes

 

Quand on fait le choix de déléguer l’instruction, voire même l’éducation de nos enfants à des institutions, conséquemment à des inconnu.e.s, il y a toujours un risque.  Le risque que notre enfant ne soit pas toujours entre bonnes mains.

 

On risque aussi la chance.  La chance que notre enfant se fasse réchapper, révéler, allumer par la part de bienveillance d’un.e enseignant.e.

 

Il y a une anecdote que je traîne depuis des lustres qui fait plutôt rire mais qui aurait tout aussi bien pu faire pleurer.

 

Ça commence en 1983.  J’étais en première année.  Mon enseignante, ma maîtresse comme on disait dans le temps,  était pour ainsi dire bien endoctrinée dans ses dogmes et ses croyances.  Elle avait pris soin de bien nous effrayer avec l’idée de l’enfer, l’endroit où nous pâtirions si on avait la mauvaise idée de commettre un péché, pensant peut-être faire de nous de meilleures personnes.  On le sait, la peur est un bon outil de contrôle,  à plus forte raison quand c’est pour notre bien.

 

Peut-être que les autres élèves n’ont pas été affectés par cette…  appelons-la… propagande.

 

Mais moi oui!

Parce que moi, du haut de mes 6 ans, j’avais péché.

J’avais volé à la maternelle l’année d’avant une mini figurine qui fitait avec le set up que je m’étais fait dans ma chambre.

 

À ce moment là, je n’étais pas consciente qu’apporter cette figurine chez moi constituait un vol.  Mais laissez-moi vous dire que je l’ai bien compris en première année.

 

Prise de panique à l’idée d’en périr, j’ai cherché en vain la figurine, pas plus haute que 2 cm, afin de la rapporter à qui de droit.

 

Le temps a passé.  Je ne l’ai jamais retrouvée.  Mon angoisse n’a pas cessé d’augmenter.

 

Il ne me restait plus qu’une solution, entreprendre de me faire pardonner.  Je me suis fait un plan.  Que j’ai exécuté.

 

Plusieurs soirs par semaine, je gossais ma mère pour aller à la messe de 19h00, chapelet et culpabilité en main. Et mon chapelet, je le faisais à genoux.  Jusqu’au bout.

 

Je ne sais pas combien de temps aurait duré l’entreprise si Soeur Louise, mon enseignante de deuxième année, ne m’avait pas gardée après la classe, le dernier jour avant les vacances d’été.

 

Soeur Louise me voyait depuis plusieurs mois prier comme une folle à la messe du soir.

 

Pour me féliciter de ma dévotion, elle m’a offert un cadre en tissu boursouflé représentant une scène biblique.

 

C’est là que j’ai craqué.

 

Je lui ai avoué que je ne pouvais pas accepter ce cadeau.

Je ne le méritais pas.

Tsé, j’avais péché quand j’avais 5 ans.

 

Le fait est que je n’avais JAMAIS parlé de cette terreur qui m’habitait et des raisons qui me motivaient à prier comme ça.  Je n’étais pas une enfant modèle pourtant. Il me semble qu’il devait y avoir quelque chose de louche là dedans.  Et ce n’est pas parce qu’un enfant ne parle pas qu’il ne se détruit pas.  Toujours est-il que la honte me gardait dans le silence.

 

Devant cette situation buttoir, je n’ai pas eu d’autre choix que de raconter à mon enseignante la cause de mes tourments.

 

Elle a réprimé du mieux qu’elle a pu un petit sourire en coin.

 

Puis elle m’a dit: Tu le regrettes, Dieu te pardonne.

 

Quoi?!!!!

C’est tout?!!!

Que je me suis dit.

 

Là, mon aura de piété s’est effondrée d’aplomb.

 

À partir de ce moment, je ne suis allée à l’église que sous la contrainte.

Mon chapelet rose a pris le bord et mon livret de prières avec.

 

Il se trouve qu’à un moment précis, Soeur Louise m’avait dit exactement ce qu’il fallait, quitte à ne plus me voir me dévouer pour sa cause.

 

Elle avait dépassé son rôle d’enseignante pour s’adresser comme humaine à la petite fille que j’étais.

 

Et c’est là tout l’art de l’enseignement.

 

Aujourd’hui, je rends hommage à cet instant libérateur, à cette femme, cette enseignante, qui a fait MA différence.

 

Il va s’en dire que la plus dangereuse n’était pas celle qui portait le symbole religieux mais bien celle qui imposait sa vision sans se soucier du bien-être commun.

Just saying.

 

 

 

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison homeschooleuse, elle adore réfléchir sur l’enfance et l’éducation.