#MoiAussi au quotidien

#Moiaussi il m’est arrivé des choses. Des choses ordinaires comme il en arrive à vous toutes. Des mains baladeuses, des remarques désobligeantes, de l’insistance, se faire pourchasser et devoir demander de l’aide aux passants afin de pouvoir rentrer chez soi.

Il m’est arrivé des choses pas ordinaires aussi. Comme il n’en arrive heureusement pas à toutes les filles, femmes, mères, sœurs et amies. Des choses qu’on ne raconte à personne. Même pas à son amoureux de l’époque. Même pas à sa meilleure amie. Même pas à un psy. On le porte dans chacune de nos cellules. On tremble quand on y pense. On se maudit de ne pas avoir hurlé. On s’en veut de ne pas avoir écouté sa petite voix. Celle qui vous chuchote que quelque chose cloche chez quelqu’un, mais qu’on ne saurait trop dire quoi. Celle qui vous dit de rester chez vous ce soir même si…

Je ne suis pas la seule à l’avoir vécu. Vraiment pas la seule hein?! Je me trouve même « chanceuse » de l’avoir vécu en sol québécois parce que… oui… parce qu’ailleurs… les femmes en arrachent pas mal plus que nous autres. Ça ne m’a pas empêchée de vivre, ni d’être amoureuse, encore moins d’oser avoir des enfants.

Et voilà! Les enfants. Je suis devenue maman. Ça change quelque chose. Pas mal de choses mêmes.

Avoir connu l’humain dans ce qu’il a de plus ignoble change un peu le rapport à l’autre. Je n’y pense pas au quotidien, mais je soupçonne le traumatisme de s’immiscer insidieusement dans plusieurs de mes attitudes et décisions. Peut-être même que certains de mes choix éducatifs ne sont pas étrangers à mon vécu. Confier mes enfants à des personnes en qui je n’ai pas pleine confiance, c’est impossible pour moi. Quelle mère j’aurais été si ça ne m’était pas arrivé? Je ne sais pas. Serais-je maman à la maison? Peut-être pas.

La mère que je suis devenue ne veut pas que ses enfants, fille ou garçon (parce que ça arrive aux garçons aussi) aient à composer avec les abus. Je ne veux pas qu’ils soient victimes ou agresseurs. Alors j’ai fait mon introspection (et je m’introspecte toujours d’ailleurs).

Je me suis demandé quels réflexes et quelles attitudes dans la vie auraient pu modifier positivement mon destin. Essentiellement, j’ai ciblé ces cinq lignes de conduite

  • Savoir dire non et oser changer d’idée quand on avait dit oui
  • Faire confiance à sa petite voix
  • Ne pas tolérer l’objetisation des individus
  • Éviter les stéréotypes
  • Savoir réagir rapidement et vivement

Concrètement, ça veut dire que:

J’accorde une grande importance à la notion de consentement.

Pas d’obstination pour que quelqu’un fasse quelque chose contre son gré.

Pas de bisous ou de câlins forcés, pas d’insistance pour que les enfants démontrent leurs exploits.

Ils partagent ce qu’ils veulent avec qui ils sont à l’aise de le faire.

Le « non » est le bienvenu chez nous.

Changer d’idée encore plus.

Quand je dis « non » à mes enfants, je nomme que je suis ferme, je ne souhaite pas changer d’idée, ce n’est pas la peine d’insister.

Quand ils disent « non », je ne fais pas de chantage ou de manipulation pour les amener à changer d’avis.

S’ils disent « oui » pour quelque chose et qu’ensuite ils changent d’idée, c’est respecté.

La notion d’engagement n’est jamais évoquée au détriment du bien-être personnel.

Dès leur plus jeune âge, les enfants sont invités à faire confiance à leurs impressions, leurs intuitions.
Je nomme le manque de sincérité, la manipulation, l’insistance et l’hypocrisie, autant que la confiance et l’honnêteté.
Très tôt dans leur vie, les touts petits saisissent ces nuances sans toutefois les nommer.
Quand ils ne se sont pas attirés par quelqu’un, c’est parfait comme ça.
J’accorde de l’importance à « comment » mes enfants se sentent en présence des autres.
Je choisis volontiers de restreindre ou de cesser complètement les rencontres avec les personnes qui suscitent un malaise ou qui sont carrément toxiques.
Je ne remets jamais leur parole en doute. Je ne les soupçonne pas de mentir. Leur parole à autant de valeur sinon plus que celle d’un adulte. Je veille à ce qu’ils se sachent crédibles.
Petit à petit, je valide l’idée de la dénonciation.

Je porte une grande attention au modèle de femme que je suis, aux messages que j’envoie.
Je choisis mes vêtements en fonction de leur confort et non pas en fonction du pouvoir de séduction qu’on pourrait leur conférer.
Je ne restreins jamais mes mouvements dans une jupe trop serrée ou un haut qui ne reste pas en place.
Je ne porte jamais de talons hauts. Je ne porte que des chaussures avec lesquels j’ai autant de chance qu’un homme de me sauver.
Je me maquille très peu, parfois pas du tout.
Je trouve les soutiens-gorge oppressants donc je n’en porte pas.
Quand mes enfants me demandent pourquoi je ne porte pas ces machins coussinés, je nomme que je trouve cela inconfortable donc je choisit de ne pas en porter.
Ce n’est pas parce que beaucoup de femmes en portent et qu’on en voit dans les publicités de rue que je dois en porter si je n’aime pas ça.
Je veille à ne pas me limiter dans un effort pour paraître ou être dans la norme.
Et ce n’est pas parce que ce n’est pas bien d’être attirante. Ce n’est pas parce qu’une fille « sexy » mérite qu’on abuse d’elle. Ce n’est pas dans le but de se protéger des agresseurs qui abusent de toute façon qu’on soit en microrobe ou en pantalon. L’idée est d’amener les enfants à prendre conscience de « comment » ils se sentent dans leur corps et de respecter ce ressenti, sans égard aux modèles populaires, sans égard à la pression environnante.

Je n’expose pas délibérément mes enfants à des images stéréotypées.
Nous n’avons pas les postes de télé et nous évitons le plus possible les publicités.
Quand nous écoutons des films, je nomme les comportements insistants, insultants, dégradants.
On discute des comportements respectueux et de ceux qui ne le sont pas.
On discute aussi de « comment » réagir dans une situation intimidante ou abusive.
J’insiste pour que l’appel à l’aide devienne un réflexe.
Je recherche des albums, des films, des histoires qui présentent des personnages non stéréotypés, insoumis et inspirants.
Ceci dit, je n’interdis rien de « genrés ». Mes enfants sont libres d’aller vers les jeux, les vêtements et les histoires selon leurs goûts. Je veille toutefois à offrir des modèles neutres ou désinvoltes.

Mes enfants suivent des cours d’arts martiaux.
Ils aiment leurs disciplines respectives et ça me rassure un brin.
J’envisage passer moi-même à l’action, même si je ne suis plus une cible de premier choix. Savoir me défendre saura m’être libérateur.

Dans le fond, ce que ça change, c’est que tous les efforts que je fais pour tenter d’éviter à mes enfants des expériences d’abus sont en fait des solutions qui m’aident à rester zen dans tout ça. Je m’apaise en pensant que je sollicite des attitudes susceptibles de les protéger des abus. Je souhaite conscientiser mes enfants pour que les choses changent. Et je me dis que si on met toutes et tous l’épaule à la roue, on va assurément changer les choses pour vrai.

À toutes celles qui ont osé dire #moiaussi, je dis merci! Ensemble on peut solliciter l’exigence de rapports égalitaires et respectueux.

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison homeschooleuse, elle adore réfléchir sur l’enfance et l’éducation.