Un remède à la survie et au stress: vivre dans le slow

Par Mitsiko Miller, cpc

Vivre à cent milles à l’heure, c’est essoufflant…

Projet famille en harmonie

Projet famille en harmonie

Combien sommes-nous à se voir trouver que la vie va trop vite, aujourd’hui? Combien sommes-nous à souhaiter ralentir ce rythme de vie qui semble de plus en plus rapide, où tout semble aller de plus en plus vite, et encore plus vite? Avec une famille, ne nous le cachons pas, le tempo peut vite tourner à la frénésie et générer un niveau de stress intolérable qui ferait vaciller les personnes les plus endurcies.
Entre la garderie, le travail, les projets, l’école, les cours de natation, les scouts et les devoirs, il n’est pas rare que nous ayons l’impression de participer au décathlon où nous avons à maîtriser plusieurs arts dont la psychologie, les déplacements multiples, la gestion des horaires, des repas, des devoirs et… du moral de tous. À travers ces dédales de tâches, on nous dit également qu’il est important de prendre soin de soi et de nourrir notre couple… finalement, en voulant bien faire, nous multiplions les activités à en perdre le cap et à crouler sous des responsabilités multiples.

Ce fut mon cas pendant un petit moment: malgré mon engagement à vivre dans la lenteur depuis des décennies, je me suis vue happée par le temps, prise dans un tourbillon infernal de rendez-vous lorsque notre famille a vécu un moment à défi: j’ai vu mon horaire se charger comme celui d’un PDG de grande entreprise, courant d’un rendez-vous à l’autre. Mon niveau de stress a grimpé en flèche: je suis passée d’essoufflée à déstabilisée, au point de me réveiller le matin en sursaut, le cœur battant la chamade. Cette situation n’a duré que quelques semaines. Pourtant, il m’arrive de reconnaître ces symptômes chez bien de personnes que je croise dans la rue.

Comment est-ce possible de vivre autant de stress? Le fondateur de la théorie du stress, Hans Selye explique que cet état est une réponse corporelle à un stimulus extérieur qui mobilise tout notre corps selon une réaction en chaîne pour s’adapter au changement, face à chaque situation rencontrée: «le phénomène de stress est un dispositif de vigilance salvatrice et que la sur-vigilance est dommageable lorsque la quantité de demandes dépasse la capacité de réponses du sujet.» (information tirée de Wikipedia)

En effet, Selye distingue le stress négatif (détresse) du stress positif (eustress). Autant l’eustress facilite notre adaptation aux besoins de la situation tout en assurant notre survie, autant la détresse crée un déséquilibre à long terme qui a un impact très néfaste sur notre santé psychologique et physique.

Comment éviter de tomber dans la détresse? C’est le cri d’alarme que lance Carl Honoré depuis la sortie de son livre Éloge de la lenteur, il y a 10 ans (2004), qui nous invite à ralentir.

Drogués des activités?
Dans une entrevue avec L’Express, Honoré parle du virus de la vitesse et du ralentissement pour y remédier:
« En Occident, personne, ou presque, n’échappe au virus. Sans doute parce que nous vivons dans une culture de consommation et que nous brûlons d’accumuler autant de biens et d’expériences que possible. Nous voulons faire une carrière honorable, nous occuper de nos enfants, sortir avec nos amis, pratiquer un sport, aller au cinéma, jouir d’une vie sexuelle harmonieuse… Il en résulte un constant décalage entre ce que nous attendons de la vie et ce que nous en obtenons, lequel nourrit le sentiment que nous n’avons jamais assez de temps. Du coup, la tentation d’aller plus vite, de courir contre la montre devient irrésistible. Nous sommes devenus des drogués de l’activité. Selon une étude menée en 2003 auprès de 5 000 travailleurs britanniques, 60% des personnes interrogées déclaraient ne pas envisager de prendre toutes leurs vacances. Et savez-vous qu’en moyenne les Américains délaissent chaque année un cinquième de leurs congés? »

Inquiétant de voir qu’en voulant être plus heureux, nous en faisons plus, plus, plus, au point de perdre l’équilibre et oublier notre but du départ: être plus heureux!

Course contre la montre? La performance
Dans un article paru récemment dans Coup de pouce, Guylaine Deschênes, auteure de L’Art de concilier le travail et la vie personnelle partage son point de vue : «La conciliation est devenue plus difficile à cause de la course à la performance et à la perfection, qui est encore plus intense qu’avant. On veut tout faire, tout réussir, tout ça en ayant l’air zen. Nos enfants sont bilingues, on a un demi-marathon derrière la cravate, on siège au comité de parents, on sait cuisiner le quinoa de 15 façons différentes, on vient d’accepter une promotion, on s’occupe régulièrement de notre mère sur le déclin et, bien entendu, on se garde un peu de temps pour notre couple «parce que c’est essentiel»! »
Essoufflant, hein? Ces constats exposés par Deschênes et Honoré nous invitent à questionner le rôle que prend la performance dans nos vies et à réfléchir à la manière dont nous consommons.

Ralentir
En réaction à la société de consommation de choses, de temps et d’activités, est né le courant Slow qui vante les vertus d’un ralentissement du rythme pour trouver le meilleur tempo nous permettant de vraiment apprécier la vie.
Initié en 1986 par le critique gastronomique italien, Carlo Petrini, en guise de protestation contre l’ouverture d’un McDonald sur la Piazza di Spagna de Rome, le Slow commence par inviter la lenteur dans notre consommation gastronomique, le Slow Food (nourriture lente) puis gagne en terrain: on intègre le Slow Living (vivre lente) et aussi Slow Parenting (parentalité lente).

Le slow, quoi?
Qu’est-ce que c’est, au juste, le Slow Parenting? C’est une invitation à ralentir avec nos enfants. Les recherches démontrent effectivement les bénéfices de ralentir et d’intégrer du jeu libre et du temps non-structurés sur le développement de la créativité, des compétences sociales, de l’autonomie, et de l’estime de soi. Comment un enfant peut-il s’épanouir s’il ne peut bénéficier de temps libres, de moments pour décompresser, se déposer, rêver et relaxer? C’est ce que le Slow Parenting préconise. Prioriser le temps libre, les jeux libres et le temps passé ensemble.
Est-ce vraiment nécessaire de surcharger les horaires de nos enfants et de structurer chaque minute de leur temps? Est-ce si important que notre enfant apprenne le mandarin à 4 ans? À quand remonte le dernier fou rire partagé en famille? Et la dernière partie de Monopoly, un dimanche paresseux? Et la randonnée dans les bois? Comment peut-on apprécier la vie si nous sommes trop stressés, chargés, speedés, sans temps libres et de moments pour décompresser, relaxer, rêver et rire?

Tempo giusto!
Tout est une question d’équilibre, rappelle Honoré : « Chercher à vivre ce que les musiciens appellent tempo giusto, la bonne cadence, en allant vite lorsque notre activité l’exige et en se ménageant des pauses dès qu’on le peut. »

Le tempo giusto pour vivre, et non survivre.
Qui plus est,
vivre heureux.

 

Références

Retrouver sa tortue intérieure, entrevue avec Carl Honoré avec Lydia Bacrie dans L’Express
Conciliation travail-famille, entrevue avec Guylaine Deschênes par Isabelle Bergeron dans Coup de Pouce
Les vertus de l’oisiveté, article de Silvia Galipeau de La Presse
Hans Selye et la théorie du stress

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Mitsiko Miller

Mitsiko a plein de passions et a fait le choix de vivre pleinement pour suivre ses élans du coeur. À la maison depuis la naissance de son premier fils, elle est fière d'être une mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen de 8 et 10 ans. Ces deux sensei sont la source d'inspiration principale de son projet famille en harmonie où cette coach de vie aide les autres familles à trouver leur propre harmonie. Suivez le blogue de Mitsiko.