Le Ministre Roberge avoue qu’il n’y a pas eu de signalement, ni d’enquête concernant d’hypothétiques écoles illégales depuis 2018.

 

Il y a quelques jours, je vous ai fait part des incohérences de ce que j’appelle le Projet Roberge qui vise à imposer aux familles qui optent pour l’éducation à domicile un seul programme et les examens ministériels sous prétexte de vouloir empêcher la tenue d’écoles irrégulières ou illégales.  Le Ministre Roberge avait dit en point de presse:

Il y a des gens qui prétendaient faire l’école à la maison et s’inscrivaient comme tel ou qui ne s’inscrivaient nulle part et envoyaient au fond leurs enfants dans des écoles religieuses, qui ne s’appelaient même pas écoles religieuses, qui pouvaient s’appeler Centre communautaire, Centre culturel, peu importe.  Les enfants passent 20 heures, 30 heures par semaine dans ces lieux-là, apprennent un paquet de choses, sauf le programme de formation de l’école québécoise et c’est très problématique pour nous.

 

À cela, j’avais répondu:

Si vous savez tout ça M. Roberge au sujet de ces familles bien précises, c’est que vous savez précisément qui soustrait ses enfants aux apprentissages des 7 matières déjà imposées depuis juillet 2018.  Parce que moi personnellement, j’ai beau être intensément dans le milieu de l’éducation à domicile depuis 6 ans, je n’ai jamais vu ça. Donc, si vous, vous savez qui et comment ces gens s’y prennent pour ne pas fournir à leurs enfants l’instruction de base, je ne peux pas croire que vous pensez régler le problème en imposant LE programme ET les examens ministériels à TOUT le Québec au lieu d’agir directement auprès de ces quelques familles.  Je ne vois pas votre logique là M Roberge.  Éclairez-moi!

 

Et bien hier, lors de cette séance de la Commission Culture et éducation, nous avons enfin eu un éclairage sur le sujet.  Grâce à la rigueur et au sérieux de Mme Marwah Rizqy, députée de Saint-Laurent, nous avons eu la confirmation à laquelle s’attendaient les parents-éducateurs:  il n’y en a pas d’écoles illégales depuis l’intervention du gouvernement Libéral lors de son dernier mandat.

 

Voici la retranscription de l’essentiel des échanges à ce sujet.  Les propos sont rapportés tels qu’ils ont été dits.  Je vous invite à écouter l’intégral de l’échange , à partir de 1:24:38.

 

Je n’ai pas pris  le temps de retranscrire la déplorable allusion à la Terre plate qu’a encore fait le Ministre Roberge, qui nous prouve encore une fois son amateurisme et sa persistance à alimenter les préjugés infondés au sujet de l’éducation à domicile.

 

Mme Marwah Rizqy, députée de Saint-Laurent, PLQ:  J’aimerais savoir précisément, depuis que vous avez été mis en poste, il y eu combien d’inspections de la part du Ministère de l’Éducation qui ont trouvé des écoles irrégulières ou illégales depuis votre entrée en poste de façon précise?

 

M. Jean-François Roberge, Ministre de l’éducation et de l’Enseignement supérieur, CAQ: Aucune inspection a été réalisée auprès d’éventuelles écoles illégales ou irrégulières en 2018-2019.  Donc voilà!  En ce moment il n’y en a pas eu.

 

Mme Marwah Rizqy: Parce que en fait, pourquoi je pose la question, c’est que souvent, lorsqu’on légifère, c’est pour répondre à une problématique et je trouve… j’aimerais juste comprendre sur quelle base factuelle on répond ici à votre inquiétude d’écoles irrégulières ou illégales si le Ministère n’a même pas conduit d’inspection?

 

M. Jean-François Roberge: Et bien c’est sur la base de ma grande connaissance du mauvais projet de loi adopté l’année passée.  Parce que ce projet de loi-là, c’était un formidable mirage.

 

Mme Marwah Rizqy:   Habituellement M. le Président, lorsqu’on légifère, c’est pour répondre à une problématique basée sur des faits. Surtout à l’ère des fausses nouvelles.  Il faut faire encore davantage attention et moi je m’interroge.  Puisque vous n’avez pas demandé d’inspection, puisqu’en 2018-2019 aucune inspection n’a été faite par le Ministère de l’Éducation.  S’il n’y a pas eu d’inspection, est-ce qu’il y a eu un signalement qui a été fait pour des écoles irrégulières ou des écoles illégales?  Un signalement?

 

M Jean-François Roberge:  S’il y avait eu signalement, il y aurait eu inspection.

 

Mme Marwah Rizqy:  Depuis le projet de loi de votre prédécesseur, mon collègue le député de Jean-Talon, qui est l’ancien Ministre de l’Éducation, vous avez vu combien d’articles de journaux qui fait état d’écoles illégales?  Qui est réelle là.  Parce qu’il y a eu le nouveau règlement.  Donc, de nouvelles façons de faire.  Des écoles qui étaient irrégulières se sont conformées à la nouvelle pièce législative, travaillent avec le Ministère de l’Éducation.  Depuis ce temps là, est-ce qu’il y a eu des articles de journaux qui ont pu vous guider pour dire: ça me prend un nouveau règlement pour venir serrer la vis?

 

M. Jean-François Roberge: Malgré le grand respect que j’ai pour nos amis journalistes je ne me fie pas sur les articles de journaux pour établir les politiques.

 

Mme Marwah Rizqy:  Durant votre temps d’opposition vous vous fiiez beaucoup aux journalistes pour préparer vos périodes de questions.  Là, vous vous fiez pas ni aux journalistes, vous vous fiez pas à votre Ministère, vous vous fiez au fond, si je comprends bien, à votre instinct d’ancien enseignant puis vous dites que vous, vous êtes convaincu qu’en ce moment, il y a encore des écoles illégales ou irrégulières sur le territoire québécois.  Avez-vous pas l’impression d’avoir un biais cognitif par rapport aux écoles dites irrégulières.  Est-ce que vous avez un biais cognitif?  Parce que vous vous basez sur quoi si c’est pas sur les faits?

 

M. Jean-François Roberge n’a pas pu répondre à cette question.

 

Mme Marwah Rizqy:  Vous n’êtes pas sans savoir que plusieurs parents font l’enseignement à la maison, pas pour des considérations religieuses mais plutôt parce que ça arrive très souvent qu’ils ont des enfants très doués, notamment par exemple en musique et qu’ils désirent justement avoir une école plus adaptée aux besoins de leur enfant, notamment aussi ceux qui ont des enfants qui sont surdoués. En ce moment, êtes-vous ouvert à avoir une consultation publique pour entendre tous ces parents qui nous écrivent tous les jours parce qu’ils aimeraient ça être entendus par vous parce que aujourd’hui, on réalise que vous avez pris une décision pas basée sur les faits, parce que votre Ministère n’a pas de faits à cet égard par rapport aux écoles dites illégales ou irrégulières, parce qu’il n’a même pas conduit d’inspection et qu’il n’y a pas eu de signalement?

 

M. Jean-François Roberge: Simplement, je partage pas votre analyse.  Je pense que la décision est basée sur des faits et des principes.  Et quand tu as des faits et des principes, tu peux avancer comme gouvernement.

 

Mme  Marwah Rizqy:  Je vous remercie.  J’ai pas vraiment les réponses à certaines questions.

 

M. Roberge n’a pas signalé vouloir consulter les parents concernés par son projet de loi.  Il n’a pas laissé présager qu’il serait capable de s’en tenir aux faits plutôt qu’à ses croyances personnelles. Il n’a pas réussi à fournir un seul fait réel justifiant son désir d’imposer un programme unique et les épreuves ministérielles aux enfants éduqués à domicile dans le but de résoudre le problème d’écoles illégales qu’il est le seul à voir.

 

 

Comment pouvons-nous tolérer qu’un ministre légifère en n’ayant aucun fait sur lequel il peut s’appuyer pour justifier ses intentions de retirer aux familles le droit de choisir le curriculum de leur choix?

 

Comment en sommes-nous arrivés à laisser un ministre brimer les Droits humains sur la base de ses croyances et de ses préjugés?

 

Je vous rappelle l’article 26.3 de La Déclaration universelle des droit de l’hommes qui dit:

 

Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

 

Comment appeler ce régime politique qui laisse un ministre légiférer la vie de milliers de familles au nom de ses principes personnels?

 

Plusieurs questions sont toujours sans réponses depuis le dépôt du Projet Roberge.

 

*Sur quoi se base le Ministre Roberge pour prétendre que le programme québécois est le seul programme capable d’instruire convenablement les enfants éduqués à domicile?

 

*A-t-il vu une étude démontrant qu’il n’y a qu’une seule progression possible au Québec, sachant que partout ailleurs au Canada, les parents-éducateurs ont le choix de suivre le curriculum et l’approche pédagogique de leur choix?

 

*Le Ministre Roberge a-t-il vu une étude qui affirme que les examens ministériels sont des moyens efficaces et adaptés de faire état de la progression des enfants éduqués à domicile?

 

 

Je sais d’avance qu’il n’y a pas d’études qui pourraient justifier de telles mesures.

 

J’aimerais simplement dire au Ministre Roberge que personne ne lui en voudra s’il laissait tomber son projet, qui s’avère infondé.

 

Il y a des moments dans la vie où il faut être plus grand que ses croyances personnelles.

 

Pour en savoir plus sur l’éducation à domicile au Québec:

L’éducation à domicile au Québec

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants libres ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la sociologie et la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison pas si souvent à la maison, elle adore sortir, voyager, réfléchir sur l’enfance et sur l’éducation.