Il est aussi normal d’éduquer ses enfants que d’en avoir

Il est aussi normal d'éduquer ses enfants que d'en avoir - À lire!

Par Julie ROUX 

 

Je me demande comment espérer voir un jour une société d’individus raisonnablement heureux et empathiques quand, sitôt le congé parental terminé, on encourage les nouveaux parents à se libérer de leur totale implication contre financement de l’état.

Il me semble que troquer le bonheur familial contre une course quotidienne créditée n’est pas un si bon «deal» que ça.

D’un autre côté, absolument aucune compensation financière n’est offerte à un parent bienveillant qui souhaite s’investir plus que d’ordinaire dans l’éducation de l’enfant qu’il a choisi d’accueillir.

Il me semble qu’on manque quelque chose à la base… Que l’implication active des parents est nécessaire au succès de l’entreprise. De tout temps, l’enfant évolue au sein de son noyau familial. Il n’en est plus ainsi systématiquement et le résultat ne semble pas si favorable.

Ceci étant dit, j’ai, malgré la tendance, fait le choix de m’investir totalement dans l’évolution de mes enfants. J’ai fait le choix de leur offrir moi-même un environnement bienveillant. Je n’ai aucun crédit d’impôt ni compensation financière pour cela. Pourtant, si je décidais d’envoyer mes enfants en milieu de garde de bonne ou mauvaise qualité, je recevrais près de 30$ par jour pour chaque enfant en crédit d’impôt. Le crédit d’impôt reste le même, que le milieu soit favorable ou non à l’enfant.

J’ai l’impression qu’on encourage le parent à déléguer l’éducation de ses enfants, même si l’ailleurs n’est pas meilleur que le chez-soi.

Voici une absurdité qui peut sembler hors sujet quand on veut s’expliquer les comment et les pourquoi de l’école-maison et pourtant, c’est à ce niveau que tout s’est joué pour moi. Très tôt dans mon aventure parentale, cette incohérence propre à notre société actuelle m’a frappée. J’ai vite compris que c’est une illusion de croire que l’enfant est au cœur de nos préoccupations ou de celles de l’État. Si vraiment il était important, on laisserait à l’enfant le temps de prendre le temps d’être petit avant de le soumettre à un quotidien effréné qui ne fait pas de sens pour lui. On n’exigerait pas de lui qu’il soit conforme à un modèle quasi unique.

Je n’ai pas voulu aller dans le sens contraire à celui que me dictait mon cœur. Je ne suis pas retournée au travail comme prévu à la fin de mon congé parental. J’ai plutôt décidé d’accueillir chez moi 3 enfants du même âge que mon aîné, à temps partiel. J’avais envie d’un petit réseau d’amis qui gravite autour de nous et je ne voulais pas laisser tout le fardeau financier de ce choix à mon mari.

Les enfants et moi avons beaucoup fréquenté les parcs peuplés de groupes d’enfants provenant de Centres de la petite enfance (CPE) et divers milieux de garde. C’est là que ma réflexion sur l’enfance c’est intensifiée. C’est à ce moment que j’ai réalisé que le modèle commun ne répond pas à ce que je m’attends d’une enfance heureuse. J’ai vu très peu d’organisations à qui j’aurais confié mes enfants. Les éducatrices font leur travail selon les normes pourtant, mais il faut à mon avis un peu plus d’humanité et de disponibilité pour «élever» des enfants. J’entends par là une présence soutenue et bienveillante auprès de l’enfant, dans le respect de leur individualité.

Avons-nous oublié que ces enfants n’étaient même pas de ce monde quelques dizaines de mois plus tôt? J’ai l’impression que nous perdons de vue les raisons pour lesquelles nous les voulions dans nos vies, ces enfants.

Enfin, si nos visites dans les différents parcs du quartier m’ont vidée de mes illusions quant à la place qu’on accorde aux enfants dans notre quotidien, j’ai cependant reçu beaucoup de numéros de téléphone de parents en quête de milieux différents. Je n’ai jamais eu à contacter l’un d’eux. Le modèle réduit faisait le bonheur de tous. Ratio réduit. Temps réduit. Peu d’enfants à ma charge qui ne venaient pas 5 jours semaine. Ils venaient avec plaisir, sans contrainte, pour jouer simplement. Le bonheur.

Tout se chamboulait dans ma tête quand je pensais à l’éventualité de l’école, qui m’apparaît comme un prolongement du milieu de garde. Le modèle scolaire qu’on nous propose me semble bien loin de répondre aux besoins des jeunes humains. Et pourtant, j’ai été assise « sur les bancs d’écoles » jusqu’à l’âge de 30 ans.

Je regardais l’éclat du regard de mes enfants. Je constatais leur soif d’apprendre tout et partout. Je comprenais leur besoin de calme et de solitude. J’approuvais leur quête de liberté de bouger et de penser. J’appréhendais le moment où tout allait s’embrouiller.

Quand mon aîné, à l’âge de 3 ans, m’a dit «Je ne veux jamais aller à l’école. Je veux passer mes journées avec quelqu’un qui m’aime,» j’ai été libérée de mes doutes. Il avait raison et sa demande était légitime. (Peut-être vous demandez-vous ce qu’il connaissait alors de l’école. Son papa travaillait à cette époque en milieu scolaire et mon aîné l’avait accompagné au travail à quelques reprises. Il savait donc se que représentait l’école. Il l’avait connue de l’intérieur.)

C’était décidé, je n’allais pas déléguer à des inconnus l’instruction de mes enfants.

J’ai lu des dizaines de bouquins au sujet de l’école-maison, des apprentissages autonomes, je suis devenue membre d’une association de parents éducateurs, j’ai rencontré virtuellement et réellement des familles qui ont aussi fait le choix d’assumer totalement l’instruction de leurs enfants. Nous avons choisi avec un immense plaisir le matériel que nous allions utiliser. Je me suis laissée emporter par tant d’offre$ et de po$$ibilité$. Il nous a été facile d’intégrer les apprentissages prévu par la PDA (progression des apprentissages). C’était en fait la continuité naturelle de notre quotidien depuis toujours.

Nous terminons présentement la 3e année primaire de mon aîné. Les apprentissages se font simplement. Il faut dire que nous n’avons pas à composer avec des diagnostiques particuliers. Mes enfants apprennent à choisir les amis avec qui ils se sentent bien. Ils apprennent aussi à composer avec d’autres personnes qu’ils n’ont pas choisies à travers leurs activités sportives ou dirigées. Nous apprenons énormément des nombreuses sorties que nous faisons tout au long de l’année.

Plus j’avance dans notre projet d’instruction en famille, plus je constate que les apprentissages les mieux intégrés se font loin des cahiers, loin du tout préparé. Tout autour est prétexte aux apprentissages. Il suffit que l’intérêt de l’enfant se pose sur quelque chose pour que tout l’effort nécessaire à sa compréhension se déploie naturellement.

Je réalise également à quel point il est limitant de regrouper les enfants selon leur âge. Les enfants apprennent les uns des autres bien plus que des adultes. Les plus jeunes apprennent des grands, qui consolident leurs apprentissages en partageant leurs découvertes.

Mes enfants me font réaliser à quel point le temps et la liberté sont précieux pour eux. Quand on demande à mon fils ce qu’il aime le plus de «l’école à la maison», il répond sans équivoque «Ma liberté!» Liberté de jouer (eh oui! à 8 ans, les enfants adorent jouer des heures durant), de prendre son temps, d’aller plus rapidement, de lire ce qui lui plaît. Liberté d’être, d’aller plus loin que la matière, d’oublier, de redécouvrir sous un autre angle. Liberté d’explorer d’autres façons de s’exprimer, à travers l’art et le mouvement notamment.

Grandir heureux, c’est possible. Nous le choisissons, nous le vivons. Nous choisissons de ne pas imposer une méthode et un contenu uniformisé à nos enfants tout en suivant la PDA. Nous choisissons de ne pas leur imposer un rythme.

Les familles investies comme la nôtre dans l’éducation de leurs enfants débordent d’idées innovantes pour accéder aux savoirs nécessaires au plein développement des potentiels de leurs enfants. Nous avons l’avantage de voir évoluer nos enfants sur une base quotidienne. Nous avons l’opportunité de nous adapter, d’aller plus loin dans les apprentissages. Nous avons la chance de profiter d’un réseau de familles riche en expériences qui se mobilise rapidement pour répondre aux interrogations de chacun.

De plus en plus de familles font le choix d’offrir une instruction souple et personnalisée à leurs enfants. Pour toutes sortes de raisons, nos réflexions nous mènent à cette opportunité.

Ma raison principale:

Humaniser l’enfance.

 

Maman intégrale de 2 enfants ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison homeschooleuse, elle adore réfléchir sur l’enfance et l’éducation.

 

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