Pour aider l’enfant, il faut aider la famille.

 

 

Depuis une vingtaine d’années, l’État tente de nous faire croire qu’il investit notre argent dans l’enfance en finançant les milieux de garde à contribution réduite et plus récemment les maternelles 4 ans. On dirait qu’il ne vient pas à l’esprit de nos élus d’aider l’enfance en aidant la famille.  Comme si ça aidait vraiment l’enfant d’être extrait de son écosystème familial pour être formé à…

 

Formé à…

 

Formé à quoi d’ailleurs?

 

À être dans les standards peut-être?

Ou à ne pas être en lien plus qu’il faut avec ses racines?

Je ne sais pas…

Le savez-vous, vous?

 

On nous parle de socialisation.

On nous parle de meilleures aptitudes langagières.

On nous parle d’une meilleure préparation pour l’école.

On nous parle de chances égales pour tous.  Celle-là me laisse toujours dubitative.

 

En fait, il n’y a rien de tout ça qui ne peut pas se faire en famille.

 

Alors pourquoi on ne cherche pas plutôt à favoriser la famille au complet plutôt que d’aider l’enfant seulement quand il est en dehors de sa famille?  Je pense à un salaire minimum plus élevé, des mesures pour favoriser le temps de travail réduit et une meilleure conciliation travail-famille, des activités culturelles et sociales gratuites pour les familles en semaine, des transports en communs gratuits, des lieux de rencontres communautaires accueillants pour les familles, des lieux où on peut tisser des liens avec notre communauté effritée.

 

Il me semble que ça serait gagnant…  pour plus longtemps.

 

Parce que les effets bénéfiques de la garderie gratuite pour les prestataires de l’aide sociale, des places en garderies moins coûteuses qu’une place de stationnement et des classes de maternelles dès 4 ans chez les enfants issus de milieux défavorisés (soit financièrement défavorisés ou humainement pauvres) se font sentir à court terme seulement.  Ça peut donner un p’tit kick à l’enfant sous stimulé mais le kick n’est pas durable quand l’écosystème familial n’est pas mis au diapason de l’enfant.

 

Parce que quand on sort l’enfant de sa famille le plus tôt possible pour le «former», ça sous-entend que les parents sont inaptes à offrir ce qu’il faut à leurs enfants pour évoluer.  Qu’est-ce que ça fait quand on se sent inapte?  On lance la serviette.  On délègue.  On se désinvestit.

Je ne parle pas ici de la garderie ou de l’école dès 4 ans au sens large, quand ces options sont choisies par les parents comme alternatives à l’éducation en famille.   Je parle des mesures gouvernementales qui prétendent viser à offrir la même chance à tous alors que nous savons tous que ce qui fait la chance d’un enfant dans la vie, c’est d’abord et avant tout le niveau d’implication de ses parents dans son évolution.

On sait qu’il y a une foule de choses qui se transmettent difficilement hors du clan familial, quand l’enfant évolue trop tôt dans de grands groupes particulièrement.  Je pense à l’attachement sécurisant, la solidité des liens et la solidarité de la fratrie, l’exploration de son monde intérieur et de son imaginaire, la mise en mots progressive de ses émotions, l’apprivoisement (et le respect surtout) de son propre rythme (cycle se sommeil, mode d’apprentissage, compréhension du monde), la connaissance de soi en dehors de la comparaison et de l’évaluation.  Si ces facteurs de développement humain se cultivent plus difficilement en dehors du terreau familial, imaginez ce qu’il advient de tout ça quand les parents reçoivent le message qu’ils ne sont pas les meilleurs tuteurs pour leur progéniture!

J’ai d’ailleurs lu cette semaine quelque chose de fort fascinant au sujet des maternelles 4 ans; Les maternelles 4 ans : la qualité de l’environnement éducatif et son apport à la préparation à l’école chez les enfants en milieux défavorisés.  Il s’agit d’une recherche menée par Christa Japel de l’Université du Québec à Montréal.  On peut y lire:

« Ce projet de recherche est novateur en ce qu’il est le premier à examiner la qualité de l’environnement préscolaire en maternelle 4 ans et sa contribution potentielle à la préparation à l’école chez des enfants en milieux défavorisés.  Nos résultats indiquent que l’intensité et la qualité des maternelles 4 ans ont très peu d’effet sur la préparation à l’école et, ainsi, ne réduisent pas de façon significative l’effet des conditions sociodémographiques des enfants sur leur préparation à l’école.

La performance cognitive et comportementale des enfants au début de la maternelle 4 ans et leur progrès au cours de cette année scolaire sont associés à des facteurs individuels et familiaux.  Les diverses expériences préscolaires ne semblent pas mieux préparer les enfants à la maternelle 4 ans, et la qualité de l’environnement éducatif étant généralement faible, celle-ci ne contribue pas significativement au progrès de l’enfant. »

C’est bien dit:

«La performance cognitive et comportementale des enfants au début de la maternelle 4 ans et leur progrès a cours de cette année scolaire sont associés à des facteurs individuels et familiaux.»

 

Alors comment expliquer qu’on présume toujours la famille inapte à préparer l’enfant au monde scolaire qui, depuis 20 ans d’ailleurs, connaît une hausse fulgurante du nombre d’enfants en difficulté.  1 élève sur 5 est considéré en difficulté, c’est 100 000 de plus qu’il y a 20 ans.

 

Il y a une vingtaine d’année…  c’était pas justement le début des places en garderie à contribution réduite?  C’était pas supposé démocratiser les chances d’être plus adapté au monde scolaire?

 

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison homeschooleuse, elle adore réfléchir sur l’enfance et l’éducation.

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