Modification du règlement sur l’enseignement à la maison: un bilan préoccupant.

Quatre mois après la modification du Règlement visant à encadrer l’enseignement à la maison, force est de constater qu’on est revenu en arrière, comme au temps où les commissions scolaires faisaient à leur guise la pluie ou le beau temps avec les familles éducatrices.  La bonne entente et la coopération dépendaient toujours de la personne en poste.  Et c’est encore ainsi depuis les modifications apportées en juillet dernier.

Après que Jean-François Roberge ait modifié le règlement qui venait tout juste d’être mis en place par les libéraux, sans jamais lui avoir donné le temps de faire ses preuves, voilà qu’on ne peut que constater qu’on revient à l’inextinguible débat sur les interprétations d’une même loi et d’un même règlement.

Alors que le règlement actuel mentionne l’obligation de viser l’atteinte des objectifs compris au Programme de formation de l’école québécoise, il y a confusion.  Certains confondent le PFEQ avec la progression des apprentissages.

Alors que le règlement permet l’utilisation de ressources éducatives (évidemment variées), certaines familles se font demander d’utiliser des cahiers conformes à la progression des apprentissages au Québec.  Exit les ressources des autres provinces et des autres pays.  Exit la richesse de la diversité.

Alors que le règlement mentionne une rencontre de suivi « tenue à l’aide de tout moyen permettant aux participants de communiquer immédiatement entre eux » et que l’an dernier, le même règlement permettait les rencontres de suivi par voie téléphonique, plusieurs familles se font maintenant refuser cette option.  Plusieurs familles ne se font pas offrir toutes les options.  Il y a pour ainsi dire de la manipulation quant à l’information offerte aux parents afin qu’ils puissent faire un choix éclairé.  Moi, quand je communique avec Revenu Québec, je m’attends à ce que l’information reste la même d’un fonctionnaire à l’autre.

Notons qu’il a été déterminé que nous pouvions communiquer:

*Par téléphone

*Par vidéo direct

*En personne dans le lieu de notre choix

Certains parents se font d’ailleurs imposer des visites à domicile.  À moins que cela plaise aux familles de recevoir un fonctionnaire dans leur cocon familial, je trouve très malaisant cette intrusion dans la vie privée.

Je me suis moi-même vue proposer de prime abord la rencontre à domicile.  J’ai dû mentionner les autres moyens possibles.  Heureusement, je suis bien informée et j’ai une bonne personne ressource avec qui les échanges sont harmonieux pour le moment.  Je dis pour le moment parce qu’il y a un roulement de personnel au sein du ministère.  On ne sait jamais quand il y aura un changement de fonctionnaire à notre dossier.  Raison de plus pour protéger un tantinet notre vie privée, celle de nos enfants, d’autant plus que nous avons connu au printemps dernier un bris important de confidentialité au sein du Ministère.  Quelqu’un a partagé des données personnelles de familles éducatrices aux médias dans le but de les discréditer.  Inquiétant?  Et comment!  Il est important de comprendre que les familles ont d’excellentes raisons de refuser de recevoir des fonctionnaires dans leur maison.

 

« Ce qu’on appelle notre vie privée, c’est ce dont nous avons le droit de priver les autres. »

-Gilles Martin-Chauffier

 

Les familles se font par ailleurs demander de présenter des preuves, des mini-portfolios alors que le règlement prévoit cinq options d’évaluation de fin d’année.  L’évaluation par notre personne ressource ne fait pas partie des options.  L’évaluation de mi-parcours non plus.

Ça commence à faire beaucoup de glissements d’interprétation.

Et je vous en épargne un paquet!

C’est lourd tout ça?

Vraiment!

Pourquoi est-ce si lourd au Québec?

 

Quand on sait qu’ailleurs au Canada, les parents se prévalent de leur droit de choisir le type d’éducation à offrir à leur enfant, de même que le curriculum et la progression de leur choix, qu’ils ne croulent pas sous la paperasse à remplir pour leur ministère, qu’on leur fait à priori confiance, qu’ils ont dans bien des cas aucun compte à rendre, aucune forme d’évaluation ou de suivi, on se dit: Pourquoi diable au Québec on veut s’immiscer autant dans la vie privée des familles et nuire à la diversité éducative?

Alors qu’au Nouveau-Brunswick, le ministre de l’éducation abolira les niveaux scolaires de la maternelle à la 2e année d’ici septembre 2020 (à lire pour en savoir plus) ici, on doit cadrer nos enfant dans un cycle précis, ce qui les prive de la possibilité d’évoluer à leur propre rythme.

 

Ne sommes-nous pas prêts pour un Wake-up call?

 

Alors qu’en Colombie-Britannique, en Alberta et en Saskatchewan les familles éducatrices reçoivent environ 1500$ par année pour soutenir les apprentissages de leurs enfants, ici, on se fait surveiller et imposer toujours, insidieusement parfois, plus de contrôle.

 

Wake-up call, where are you?

 

 

À propos des examens du ministère

 

Ça, c’est une autre affaire!

On sait que les examens sont de mauvais moyens pour faire état de la progression d’un enfant, à plus forte raison lorsque celui-ci est instruit en famille.

On sait que les examens ne contribuent pas aux apprentissages de l’enfant.

On sait que les examens ne permettent pas de dresser un portrait réaliste du parcours éducatif de l’enfant.

On sait que pour plusieurs, les examens sont des sources de stress importantes, même pour les enfants instruits en milieu scolaire.

Le règlement actuel prévoit les imposer aux enfants instruits en famille dès l’année scolaire 2021-2022.

C’est comme si on vous forçait à passer un scanner de 10 heures en vous disant que ce sera assurément inconfortable, que vous pourriez mal réagir, que ça ne permettra pas de connaître votre état de santé, ni de vous sentir mieux.  Que vous devez le passer simplement parce que quelqu’un dans un poste de pouvoir en a décidé ainsi.

Pour les examens permettant l’obtention d’un diplôme, je peux comprendre.  Mais pour les autres…  Ça ressemble à une lubie de plus dans le portrait québécois.

Est-ce pour le bien des enfants?

Est-ce que grâce aux méandres du nouveau règlement les jeunes instruits en famille reçoivent une meilleure éducation?

Évidemment non.

Est-ce que le nouveau règlement a simplifié le suivi des familles?

Pas du tout.

Est-ce que les jeunes instruits en famille accèdent plus facilement à la diplomation avec le nouveau règlement?

Aucunement.

Est-ce pour le bien des enfants?

Si ce l’était, les écoles ne seraient pas en décrépitudes, les professeurs ne seraient pas à bout de souffle, les enfants en milieu scolaire n’éprouveraient pas autant de difficultés parce que les efforts seraient investis à régler les vrais problèmes au lieu de prioriser une infime partie de la population qui s’occupait déjà très bien de leurs enfants tel que mentionné dans le Rapport du Protecteur du citoyen. La scolarisation à la maison: pour le respect du droit à l’éducation des enfants.

 

En gardant à l’esprit les limites méthodologiques applicables, des études observent que les enfants scolarisés à la maison réussiraient en moyenne aussi bien que ceux scolarisés en établissement. Ils n’éprouveraient généralement pas de difficultés particulières lors de leur réintégration au système scolaire ni dans la poursuite d’études collégiales et universitaires.  La proportion de jeunes scolarisés à la maison qui poursuivent avec succès des études supérieures serait similaire à celle des élèves diplômés ayant fréquenté une école. Enfin, dans ces études, rien n’indique que la scolarisation à la maison a des effets néfastes sur la socialisation des enfants.

 

 

Pourtant, sous le règlement de Sébastien Proulx, la coopération entre les familles éducatrices et la DEM était partie du bon pied.  Les familles qui n’étaient pas inscrites l’ont fait, elles ont produit comme prévu leurs projets d’apprentissage, se sont prêtées à la rencontre avec leur personne ressource prévue dans le règlement, ont fait évaluer la progression de leurs enfants selon les cinq options offertes.

 

Sauf que…

 

L’arrivée au pouvoir de la Coalition Avenir Québec est venue chambouler tout ça.

Le ministre de l’éducation a entrepris, dès son arrivé au pouvoir, de modifier le règlement sans jamais lui avoir donné la chance de faire ses preuves.  Il a estimé que cela était un dossier prioritaire.

Les données confidentielles de certaines familles ont été partagées avec  Le Devoir dans le but de discréditer les familles éducatrices.  Ne l’oublions pas.

 

La Protectrice du citoyen a émis au printemps dernier des recommandations à Jean-François Roberge afin de prévenir les abus.  Ce dernier a fait le choix de ne pas les respecter alors que 98% des recommandations émises par le Protecteur du citoyen sont respectées par les institutions visées, dans le but de protéger la population contre les abus de pouvoir.

 

Cette année, les demandes de nos personnes ressource sont très variables et dépassent parfois le cadre du règlement.

 

Le constat?

 

Préoccupant!

 

 

À méditer

 

Comment expliquer que le Ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec fasse si peu confiance aux parents?

Les parents québécois sont-ils moins aptes que tous les parents des autres provinces canadiennes à veiller sur l’éducation de leurs enfants?

Non.  Évidemment.

Les parents québécois sont aussi aptes que les parents en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique, au Nouveau-Brunswick, sur l’île du Prince Édouard, au Yukon, en Saskatchewan et au Manitoba.

 

Et si la différence de traitement prenait racine au sein de notre appareil de gouvernance?

 

Je vous invite à écouter les sessions parlementaires sur les sujets qui vous touchent. Vous y entendrez d’étonnantes fabulations, des interventions teintées de préjugés infondés et de l’intimidation entre députés.

Ceci explique peut-être cela…

 

 

Que faire si vos droits sont brimés?

 

Vous pouvez faire une plainte au Protecteur du citoyen.  Même si le Ministre n’a pas daigné respecter les recommandations qui lui ont été directement adressées au printemps dernier, il est important de lever le voile sur les abus.  Je Materne a d’ailleurs produit un modèle de lettre à personnaliser selon votre situation personnelle.  Il faut veiller à dénoncer des faits réels et non pas des opinions.

 

Comment faire évoluer les mentalités?

 

*En parlant de nos choix sans attaquer les choix des autres.

*En s’exprimant publiquement sur les avantages de ce mode de vie respectueux de l’enfant (acceptons les entrevues, les reportages, écrivons des articles, publions sur les réseaux sociaux).

*En suivant les activités du Mouvement pour la sensibilisation aux apprentissages en famille.

*En nous tenant informés sur les dispositions de la Loi et du Règlement afin de préserver le peu de liberté qu’il nous reste.

*En éduquant les personnes qui assurent notre suivi au Ministère afin qu’elles fassent la différence entre des directives internes et ce qui est prévu dans la Loi et le Règlement.

Commentaires

Julie Roux

Maman intégrale de 2 enfants libres ayant un penchant naturel pour le bonheur, Julie a troqué la sociologie et la naturopathie contre la vie familiale qu’elle a choisie. Maman à la maison pas si souvent à la maison, elle adore sortir, voyager, réfléchir sur l’enfance et sur l’éducation.

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